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Le sanitaire : un enjeu majeur dans les Pyrénées-Orientales. Témoignage d’Abel Baqué, Président du GP de Maura.

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Le sanitaire est un enjeu majeur dans les Pyrénées-Orientales. La très forte proportion d’exploitations transhumantes sur des estives collectives renforce cette sensibilité.

Témoignage d’Abel Baqué, Président du GP de Maura, interviewé le 27 Novembre 2018 par Jérémie Weller, salarié de l’association des AFP et GP des PO.

Le GP de Maura en quelques chiffres :

Date de création : 1976
Surface : 1 726 ha de surfaces pâturables, bien exposées et réparties en deux quartiers (haut et bas) pour une montée puis une redescente progressive du troupeau.
Utilisateurs : 5 dont 2 GAEC.
Effectifs : environ 300 bovins et 66 équins.
Durée : 6 mois
Embauche : 1 vacher sur l’ensemble de la période d’estive + 10 jours d’entretien des clôture

Localisation de l’estive :

Secteur géographique : Soulane du Massif du Carlit
Petite région agricole : Cerdagne                                                          

Commune concernée : Enveitg


Peux-tu me décrire, sommairement, les éventuels soucis sanitaires rencontrés sur l’estive cette année ?

A.B. « Cette année, nous n’avons pas eu de problème particulier, si ce n’est la mort de deux vaches foudroyées. Les derniers dépistages positifs de l’IBR datent de 2017 : deux jeunes.

Concernant l’IBR qui a beaucoup fait parler de lui dans la production bovine, peux-tu me raconter l’historique et la réaction du GP afin d’atteindre l’état sanitaire actuel ?

A.B. « En 2004, nous avons décidé, au sein du GP, de dépister tous les animaux et de vacciner les positifs avant la montée en estive, puis cela est devenu obligatoire à partir de 2006. Nous n’avons jamais effectué de vaccination totale, heureusement car cela rend la situation difficile aujourd’hui pour ceux qui l’ont pratiquée.
La première année, nous avons eu énormément de bêtes positives mais le vaccin a été efficace. Les deux ou trois premières années, nous avons appliqué deux vaccinations par animal positif dépisté. Par la suite, nous avons appliqué la nouvelle réglementation et suivi les recommandations du GDS : dépistage et vaccination mono-dose en avril/mai pour couvrir au maximum la période d’estive. Je n’ai jamais fait la « police » avec les éleveurs du GP mais il s’agit d’une relation de confiance et les consignes ont été respectées car tout le monde s’est senti concerné. Par la suite, les dépistages étaient globalement tous négatifs mais tous les 2/3 ans on a retrouvé un ou deux jeunes positifs que l’on a donc dû vacciner. On ne sait pas précisément d’où cela peut venir.
Les vaccinées sont éliminées progressivement par réforme depuis 2004 mais nous devrons sûrement accélérer le mouvement pour 2021 afin d’être 100% indemnes. Nous sommes plutôt confiants sur cet objectif mais une inquiétude persiste sur l’apparition de nouveaux positifs d’ici-là. »

Quels sont les autres sujets d’inquiétude concernant l’état sanitaire des troupeaux sur votre estive ?

A.B. « Il est vrai que, concernant le sanitaire, notre système transhumant ne joue pas en notre faveur avec notamment les mélanges de troupeaux (estive de génisses, estive de mères, ...).
Au niveau parasitisme, il y a eu quelques saisies de douves dernièrement sans que l’on sache s’il s’agit de la petite ou de la grande douve. Pour la grande douve, une chercheuse de l’Université de Perpignan, en partenariat avec l’Association des AFP/GP, est venue sur notre demande prospecter en 2018, à la recherche de lymnées sur l’estive (escargot aquatique, hôte intermédiaire de la grande douve). Elle n’en a trouvé aucun car le sol granitique présent est sûrement trop acide pour leur développement. Si les saisies à l’abattoir ont bien été provoquées par de la grande douve, la contamination a donc sûrement eu lieu sur les exploitations individuelles qui devront alors demander une prospection sur leurs parcelles et prendre les mesures adéquates afin de limiter les contaminations (protection des points d’eau possiblement infectés par les bouses, mise en place d’abreuvoirs, ...). Si les saisies ont été causées par de la petite douve, la situation est différente car la contamination passe par des zones sèches, ce qui peut potentiellement être le cas sur l’estive du GP.
Avec le changement climatique, nous craignons aussi de voir apparaitre et se développer des maladies transmises par les insectes. Par exemple, nous avons parlé en réunion avec le GDS du développement des cas de Besnoitiose. Cette maladie est non règlementée car non transmissible à l’homme et la consommation de viande d’un animal infecté ne représente aucun danger. Cependant, son impact économique sur l’éleveur peut être considérable avec des réformes prématurées et des pertes d’animaux.

La forte augmentation de présence de faune sauvage est aussi inquiétante pour la situation sanitaire des troupeaux par les risques de transmission dans un sens ou dans l’autre ».

Quel est le plan d’action du GP concernant la gestion sanitaire avant et pendant l’estive ?

A.B. « Avant l’estive, chaque exploitant doit procéder à sa déclaration au GDS qui édite la liste des animaux transhumants. En tant que Président du GP, je fais confiance aux utilisateurs. Les préoccupations de chacun sont abordées en réunion avant et après l’estive afin de faire remonter un éventuel problème pour que l’on puisse trouver une solution ensemble. Par exemple, il y a plus de 20 ans, un éleveur du GP nous avait informé qu’il possédait une bête positive à la brucellose qui avait été éliminée, nous avons alors décidé ensemble d’isoler son troupeau sur un quartier de l’estive avec une clôture mobile « sanitaire ». La DDSV avait donné son accord car le risque était limité et l’estive avait pu se dérouler correctement.
Pendant la durée de l’estive en elle-même les soucis sont rares mais, en cas de problème, le vacher nous contacte et les éleveurs concernés montent à tour de rôle pour pratiquer les soins éventuels ou rapatrier si besoin l’animal sur l’exploitation.
A l’heure actuelle, nous n’avons pas de règlement sanitaire particulier pour le GP. Cependant, nous avons comme projet, à court terme, de remettre à jour les statuts en y incluant un règlement sanitaire que les utilisateurs du GP devront valider tous les ans avant la montée en estive. »

Pour toute question sur les AFP et les GP, n’hésitez pas à contacter l’Association des AFP et GP des PO ou par mail : j.weller@pastoralisme66.fr ou c.marchand@pastoralisme66.fr ou au 04 68 96 11 59.

Jérémie WELLER, Association des AFP et GP des Pyrénées-Orientales.