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Raisonner l’apport organique de son sol en culture pérenne

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Il s’agit de l’ensemble des constituants organiques morts ou vivants, d’origine végétale, animale ou microbienne, transformés ou non, présents dans le sol. Il est difficile de définir une norme concernant le taux de matière organique. Le fonctionnement du sol dépendra de la nature des constituants et de leur capacité d’évolution. Il est tout de même considéré qu’un taux d’au moins 1,2 % (12 g/kg de terre) est une valeur souhaitable sur les sols viticoles du Roussillon et d’au moins 1,5 % concernant l’arboriculture.

1.    La matière organique du sol

Il s’agit de l’ensemble des constituants organiques morts ou vivants, d’origine végétale, animale ou microbienne, transformés ou non, présents dans le sol. Il est difficile de définir une norme concernant le taux de matière organique. Le fonctionnement du sol dépendra de la nature des constituants et de leur capacité d’évolution. Il est tout de même considéré qu’un taux d’au moins 1,2 % (12 g/kg de terre) est une valeur souhaitable sur les sols viticoles du Roussillon et d’au moins 1,5 % concernant l’arboriculture.
La matière organique (MO) se compose des constituants suivants :
- La matière vivante (d’origine animale, végétale, fongique) et la matière fraîche (débris végétaux et animaux, exsudats) facilement décomposable qui forment la matière organique « active ». Cette fraction est rapidement décomposable (1 à 15 ans).
Elle donne en partie lieu à la matière organique transitoire qui subira une double évolution : une partie libèrera des éléments minéraux assimilables par les plantes par le processus de minéralisation et l’autre partie se réorganisera en molécules plus grosses par le processus d’humification.
- La matière organique « stable » (humus). Cette catégorie représente 90 % du taux de matière organique global dans les sols. Le temps de transformation de la MO en humus stable est estimé à plus de 50 ans.
Une part de cette matière organique se minéralise chaque année et n’est pas forcément restituée. La perte sur les sols viticoles est estimée en moyenne à 500 kg/ha/an d’humus stable. Les analyses de sol permettent de quantifier plus précisément les pertes annuelles de minéralisation à la parcelle.

2.    Le rôle de la matière organique du sol

La MO intervient sur les propriétés hydriques et physiques du sol

La partie stable de la matière organique (humus), en se liant aux particules fines d’argile (complexe argilo-humique) et de de limon fin, participe à la stabilité structurale du sol, limitant ainsi le risque érosif et favorisant les capacités de rétention en eau.
L’activité du compartiment vivant (champignons, vers de terre…) va également influencer la stabilité structurale et favoriser la porosité et le drainage.

La MO a un rôle chimique

Les matières stables et transitoires libèrent des éléments nutritifs par minéralisation.
Le complexe argilo-humique constitue une réserve de substances nutritives en fixant les éléments majeurs (Ca,N,P,K,Mg…) et les oligo-éléments nécessaires aux besoins de la culture.

La MO a un rôle biologique

La matière organique fraîche est source de nutrition pour les micro-organismes du sol (sucre, amidon, cellulose, protéines). Ces mêmes micro-organismes (bactéries, champignons…) associés aux macro-organismes (racines, vers de terre…) sont essentiels aux différentes étapes de dégradation de la matière organique dans le sol (humification, minéralisation…).
On note également que les bactéries secrètent des exsudats qui jouent un rôle de colle pour les particules du sol et en améliore la structure sur le court terme ; les champignons mycorhiziens facilitent quant à eux l’absorption des éléments nutritifs par les racines.

Les matières organiques transitoires et stables, en fournissant de l’azote, participent à l’activité microbienne. Ainsi, plus un sol est naturellement riche en azote, plus l’activité biologique est importante. Cette notion est caractérisée par le rapport C/N (carbone sur azote) du sol.


3.    Compenser les pertes en matière organique

Entretenir un taux de matière organique suffisant dans les sols est essentiel. Comme vu précédemment, chaque constituant de la matière organique a son importance, et tout est lié. On cherchera à diversifier ses pratiques et la nature de ses apports en fonction de ses objectifs.

Les restitutions

Les  bois de taille sur vigne rendus annuellement à la parcelle ont un potentiel de restitution théorique de 250 kg à 500 kg /ha d’humus stable à terme. Le principe est également valable en arboriculture.
L’enherbement (enherbement hivernal spontané, engrais verts semés), en tant que matière organique fraîche, participe à l’activité microbienne.

L’apport d’amendements organiques

Quelques critères de caractérisation des produits organiques ?

-    La composition en matières premières du produit :
C’est un élément  important dans le choix du produit. Un amendement à base de matières végétales produira plus d’humus qu’un amendement à base de matières animales.
Savoir si le produit a été composté est également un élément important :
Un produit composté stable permettra de rehausser le taux d’humus du sol. Plus la durée de compostage a été longue, plus le produit est dit mûr et plus son potentiel humifère est important.
Un fumier ou un compost de fumier jeune, plus enrichi en matière organique transitoire aura un rôle avant tout biologique.


Attention aux fumiers pailleux ou aux déchets verts non compostés sur vignes en place. Le carbone facilement utilisable monopolisera bactéries et azote du sol pour sa dégradation. Ce phénomène appelé « faim d’azote » peut avoir un impact négatif pour la culture sur les premières années, sauf en cas de compensation en azote minéral.

Broyat de déchets verts non composté ou "BVC"

 

Broyat de déchets verts composté

 

-    Le taux de Matière Organique du produit :
Il vaut mieux prendre en compte la teneur en MO sur le produit brut que sur la matière sèche pour comparer les produits entre eux.
La teneur minimale exigée pour les amendements organiques par la norme NFU 44-051 varie de 15 à 25 % en fonction des produits.
-    Le rapport C/N du produit :
Généralement, plus le rapport C/N d’un produit est élevé, plus il se dégradera lentement et plus il fournira d’humus stable. Un C/N compris entre 15 et 20 est l’indicateur d’un compost mûr.
Attention, le C/N interprété doit être en lien avec la composition du produit. De nombreuses études démontrent des limites à l’utilisation de ce paramètre pour la mise en évidence des vitesses de décompositions des produits, notamment concernant les produits mixtes.
-    L’Indice de Stabilité de la Matière Organique (ISMO) :
Cet indice permet de calculer le taux d’humus stable que pourra procurer le produit, en % de la matière organique. Par exemple un résultat de 20 veut dire que 100 kg de MO procureront 20 kg d’humus stable.
Ci-dessous le classement des produits organiques en fonction de la valeur de leur ISMO.
Il confirme que les produits compostés ont un potentiel humigène plus important.
Concernant les broyats de déchets verts criblés (matières végétales), on observe que le potentiel humigène est très variable en fonction des produits, vraisemblablement en fonction de la nature même des produits. En outre, il est difficile de définir la vitesse de transformation dans le sol de la matière organique issue de ces déchets verts en humus stable. Cette vitesse est en partie corrélée à la granulométrie des éléments.

Classement des produits organiques en fonction de la valeur de leur ISMO (d’après Lastherme et al., 2009).

-    La teneur en éléments fertilisants :
Selon la norme NFU 44-051, aucun des éléments majeurs N, P2O5 et K2O ne doit dépasser 3 % dans le produit. Dans le cas contraire le produit est considéré comme un engrais.
La valeur fertilisante n’est donc pas le premier effet recherché lors de l’utilisation d’un amendement organique même si, suivant la dose apportée et la composition du produit, celle-ci peut s’avérer intéressante.
La valeur fertilisante azotée du produit dépend de l’aptitude de l’azote organique qu’il contient à être minéralisé dans le sol et surtout de la part d’azote minéralisé et disponible pour la plante la première année (cinétique de minéralisation du produit). Dans les produits compostés, cette part n’excède pas 30 %. En comparaison, elle est de 20 % sur un compost de fumier de bovin, de 30 % sur un fumier de bovin et de 80 % sur un engrais organique à base de Guano du Pérou.

Quelle technique adopter en fonction des besoins ?

Ci-dessous quelques conseils en fonction des situations. Il s’agit de suggestions à partir de produits standards disponibles sur le marché, notamment en local.
Les doses sont proposées à titre indicatif à partir de compositions moyennes des produits.

Mon sol est pauvre en matière organique, je veux rehausser le taux d’humus sur le long terme.

J’utilise un produit composté, mûr, à action progressive.

Exemple de produits :

*Aucun seuil de redressement n’est établi dans l’absolu. En viticulture, un compromis peut être de se fixer comme niveau de redressement 1,2 % de MO dans le sol + une compensation des trois premières années de perte (soit environ 0,04 % supplémentaire). Sur un sol de plus de 1,2 % de MO, on pourra se contenter d’apports d’entretien. On part sur un raisonnement similaire en arboriculture avec un niveau de redressement à 1,5 % de la MO du sol et des apports d’entretien annuel réalisés plutôt enfouis sur le rang de plantation.

Mon sol est limoneux, battant, déstructuré, je souhaite un début d’amélioration rapide.

J’utilise un fumier ou un fumier composté jeune pour relancer l’activité biologique de mon sol et entretenir mon taux de matière organique.
Exemple de dosage pour un fumier de bovin :
En redressement avant plantation sur une base de 0,1 % d’humus potentiel : 35 T/ha
En entretien tous les 3 ans sur une base de 0,5 T d’humus potentiel/ha/an : 15 T/ha

Je souhaite entretenir l’activité biologique de mon sol, l’assouplir, limiter les risques érosifs.

Je sème des couverts végétaux après les vendanges.
Les possibilités en termes de mélanges d’espèces, de type de semis et de gestion du couvert sont nombreuses et ne seront pas détaillées dans cet article. La Chambre d’agriculture peut vous accompagner sur des projets individuels ou collectifs (contacter pour cela le service viticulture de la Chambre d’agriculture).

Mon sol est sableux à Capacité d’Echange Cationique (CEC) faible.

Suivant le niveau de CEC, l’apport d’un amendement organique n’aura pas toujours les résultats escomptés sur ce type de sol. Il peut être préférable d’opter sur un engrais organique, plus facilement dégradé, qui sera un compromis intéressant entre maintien de l’activité microbienne et fertilisation de la vigne.

4.    Pour en savoir plus

Le guide des produits organiques utilisables en agriculture en Languedoc-Roussillon.

Les tomes 1 et 2 sont téléchargeables gratuitement sur le site de la Chambre d’agriculture Occitanie. Vous y trouverez plus de détails sur la caractérisation et le rôle de la matière organique ainsi qu’un descriptif détaillé des produits les plus courants (des résultats d’analyses de produits dans le tome 2).
 L’aspect réglementaire concernant les risques sanitaires et environnementaux suivant les cultures, l’aspect technique concernant l’épandage, non traités dans cet article, sont abordés dans le tome 1 du guide. Concernant l’aspect réglementaire, attention aux contraintes de certains cahiers des charges de production (ex AB…).
Ce guide est actuellement mis à jour par un groupe de travail. La nouvelle version, notamment actualisée au niveau des produits disponibles et de la réglementation, sera disponible en cours d’année 2021.

Les formations Chambre d’agriculture 2021 en lien avec le sujet.

-    Plantes bio-indicatrices, observer et caractériser les sols.
-    Mettre en place la conservation des sols sur mon exploitation.

Ouvrages consultés pour la rédaction du document : Guide des produits organiques utilisables en agriculture en Languedoc-Roussillon (2011 – Chambre Régionale d’agriculture), Guide technique conduite du vignoble en agriculture biologique en Région Nouvelle-Aquitaine (2019 – Chambre d’agriculture de Nouvelle Aquitaine), Choix des amendements organiques en viticulture (ITAB).

 

 

 

 

 

 


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